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De la D2 à la R2 ? L'ascension incroyable de l'AS Canet

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Amin Abdullahi ·
De la D2 à la R2 ? L'ascension incroyable de l'AS Canet
© AS Canet (Malik Ben Said à gauche et Romain Perrier à droite)

Romain Perrier porte les couleurs de l'AS Canet depuis sa toute première licence. Passé du terrain au banc de touche il y a quatre ans suite à une blessure, il co-dirige aujourd'hui l'équipe fanion avec Malik Ben Saïd. Ensemble, ils ont orchestré une ascension fulgurante, faisant passer le club de la D2 aux sommets de la Régional 3 en un temps record. À l'aube d'un choc décisif contre le second Millau, l'entraîneur revient sur sa saison, l'historique et les ambitions du club, sans oublier de mentionner la fierté qu'il porte à son équipe.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre lien avec ce club de l’AS Canet ? 


Je suis Romain Perrier. Cela fait quatre saison que j’ai repris l’équipe senior de l’AS Canet. C'est mon club de cœur, j'y ai signé ma 23ème licence. Je suis un enfant du village et j'ai gravi tous les échelons, des équipes de jeunes jusqu'aux seniors, où j'ai connu la DHR et la DH en tant que joueur. J'étais encore le capitaine de cette équipe il y a quatre ans, mais j'ai dû mettre un terme à ma carrière de joueur à cause d'un problème au genou. Nous sommes actuellement en R3 et je co-dirige l'équipe avec Malik Ben Saïd. Nous formons un véritable duo à 50-50 ; il n'y a pas un entraîneur principal et un adjoint, nous sommes deux entraîneurs principaux.


Comment s'est opérée la transition vers le banc de touche ?


J'avais déjà une solide expérience avec les jeunes, puisque je m'occupais de différentes tranches d'âge à l'école de foot depuis plus de dix ans. Quand j'ai envisagé d'arrêter de jouer, les entraîneurs en place ont décidé de partir et m'ont proposé de reprendre les seniors. Étant un jeune éducateur habitué aux enfants, j'avais besoin de quelqu'un d'expérience à mes côtés pour cette première expérience chez les adultes. Malik, qui était déjà dans le staff et présent au club depuis longtemps, était le partenaire idéal. Ce compromis nous a permis de progresser et de former ce duo qui fonctionne depuis maintenant quatre ans.


Comment parvenez-vous à gérer cette direction à deux têtes au quotidien ?


Les choses se font très naturellement car nous avons créé un lien fort, tant sur le plan professionnel que personnel. Nous nous répartissons les tâches selon nos affinités : Malik est peut-être plus axé sur le management d'hommes, tandis que je me concentre davantage sur la tactique et la technique. Cependant, nous préparons toutes les séances et choisissons les exercices ensemble. Même lorsque nos avis divergent, nous discutons et nous écoutons jusqu'à ce que l'un de nous soit convaincu. Il n'y a jamais de clash, et le groupe, qui est très réceptif, a bien compris qu'il y avait deux voix de poids égal.


Quel regard portez-vous sur l'évolution de l'équipe depuis votre prise de fonction ?


Si on fait un point aujourd'hui avant ce match contre Millau, je pense que notre saison est déjà réussie. Il faut se rappeler qu’en 2022, quand on a repris l'équipe avec Malik, le club était en D2. En quatre ans, le parcours est incroyable : une première année pour se maintenir, une deuxième pour monter en D1, et une troisième pour accéder à la R3 avec une victoire en Coupe de l’Hérault. Aujourd’hui, pour notre quatrième saison, nous pourrions vivre une troisième montée vers la R2. Au départ, notre défi était de remettre le club à sa place et de le pérenniser en D1, car c’est une institution qui a compté dans le football régional. On ne pensait pas que les choses se feraient aussi rapidement. Cette année, l’objectif initial était clairement le maintien en R3, surtout qu’ici, il n’y a pas de fixe ni de primes de match. Les joueurs sont là pour le projet ; nous avons réussi à créer une bande de copains, une famille qui bouge très peu depuis des années. On s'est rendu compte au fil des mois qu'on n'a jamais quitté les deux premières places. Il y a encore six matchs, nous avions sept points de retard sur Millau et on pensait que la première place était jouée. Aujourd’hui, le maintien est acquis, ce qui était l'objectif principal, mais la situation a basculé : nous recevons le leader avec deux points d'avance. Il nous reste cinq finales à jouer. On va prendre les matchs les uns après les autres, mais on a le droit et on se doit d’être ambitieux. Maintenant qu’on est là, on va tout faire pour aller chercher cette première place et cette montée en R2. 


Cette saison, vous jouez les premiers rôles en R3. Quelle est votre philosophie de jeu ?


Nous prônons un football ambitieux et offensif. Nous demandons à nos joueurs d'être exigeants, de jouer haut sur le terrain pour récupérer le ballon rapidement et multiplier les chances de marquer. Cela nous met parfois en difficulté, mais nous avons la chance d'avoir une défense solide, un bon gardien et des joueurs de caractère qui acceptent de "cravacher" derrière pour permettre ce jeu vers l'avant. Aujourd'hui, nous avons la deuxième meilleure attaque du championnat.


Quels sont les axes d'amélioration pour le groupe ?


L'état d'esprit et l'adhésion tactique sont déjà acquis à 200 %. Là où nous pourrions progresser, c'est sur le plan technique et la possession de balle. Cependant, il faut rappeler que nous sommes un club familial, sans moyens financiers, où les joueurs ne touchent aucune prime. Avec seulement deux séances d'entraînement d'une heure et demie par semaine, il est difficile de travailler tous les aspects du football.


Un match crucial contre le leader, Millau, se profile. Comment préparez-vous ce tournant de la saison ?


Nous l'abordons sans changer nos habitudes. L'expérience des montées précédentes nous aide à gérer ces fins de saison sous pression. Bien que nous ayons pris une lourde défaite 6-1 au match aller avec beaucoup d'absents, nous ne cherchons pas une revanche personnelle. Nous n'allons pas adapter notre tactique en fonction de l'adversaire, mais plutôt nous appuyer sur nos propres forces vives pour performer à domicile.


Que représenterait pour vous une possible montée en R2 en fin de saison ?


Ce serait l'apothéose, un moment historique pour le club. Amener Canet en R2 en seulement quatre ans, avec un groupe de garçons exceptionnels qui a très peu changé, prouverait que nos résultats ne sont pas dus au hasard, mais au travail et au mérite. C'est aussi une récompense pour tous les bénévoles qui travaillent dans l'ombre. Pour l'enfant du village que je suis, voir ce projet sportif se réaliser à merveille serait une immense fierté.