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Parcours, formation et évolution des entraîneurs modernes : Entretien avec Eddy EtaEta.

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Amin Abdullahi ·
Parcours, formation et évolution des entraîneurs modernes : Entretien avec Eddy EtaEta.
© Ligue Occitanie de Football / Fabien Barbier

Du Pacifique aux terrains de l'Occitanie, le parcours d'Eddy Etaeta est celui d'un passionné devenu une figure importante de la formation. D'abord joueur, sélectionneur et figure emblématique pour l'équipe nationale de Tahiti, il est aujourd'hui Conseiller Technique et Directeur Technique Régional. Par son expérience, il nous détaille les coulisses de la formation des entraîneurs, l'évolution des diplômes et nous livre sa vision de l'éducateur moderne.

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours ? 


Je suis ETAETA Eddy, né le 16 décembre 1970 à Papeete (Tahiti, Polynésie française), marié, deux enfants. D’abord en tant que joueur, j’ai été milieu de terrain au niveau national en Polynésie française, notamment au sein de clubs locaux tels que Central Sport et AS Vénus. J’ai été sélectionné en équipe nationale de Tahiti entre 1992 et 1998, disputant plusieurs matchs officiels, dont les qualifications pour la Coupe du monde. Mon expérience de joueur, tournée vers le football amateur ou semi-professionnel, a jeté les bases de mon engagement dans le développement du football dans les archipels de la Polynésie française et dans l’Océanie.

En 2010, je suis nommé sélectionneur de l’équipe nationale de football de Tahiti par la Fédération tahitienne de football. Sous ma direction, Tahiti remporte la Coupe d’Océanie de football en 2012, un exploit sans précédent pour une équipe océanienne hors Australie et Nouvelle-Zélande. Cette victoire qualifie Tahiti pour la Coupe des confédérations 2013 au Brésil, une première pour la collectivité polynésienne, offrant une visibilité mondiale au football tahitien. 


Quel est précisément votre rôle dans la formation des entraîneurs ? 


Depuis février 2019, j’occupe le poste de Conseiller Technique Régional (CTR) en charge de la formation au sein de la Ligue de football d’Occitanie, et Directeur Technique Régional adjoint depuis février 2025. Je coordonne tous les parcours de formation pour les éducateurs bénévoles et entraîneurs amateurs dans toute l’Occitanie. Cela comprend des formations de base bénévoles jusqu’aux modules professionnels (BMF, BEF, recyclages).

 

Aujourd’hui, quelles sont les étapes à suivre pour devenir entraîneur diplômé ? 


En lien avec le Directeur Technique Régional, on définit les orientations des formations aux besoins des clubs, des districts de football et des spécificités locales tout en respectant le référentiel national de la Fédération Française de Football et de la DTN. Mon rôle est de faire monter en compétences des éducateurs, entraîneurs du football amateur en Occitanie. Le schéma de la formation proposée par la FFF se distingue en deux parcours.

D’abord un parcours bénévole destiné à celles et ceux qui s’impliquent bénévolement dans un club et souhaitent acquérir ou renforcer des compétences d’encadrement sans envisager une carrière professionnelle. Cela comprend notamment :





  • Attestations fédérales (AF) – premières compétences de base.
  • Certificats Fédéraux Initiateurs (CFI) – qualification pour encadrer des catégories d’âge ou différents publics.
  • Diplômes Fédéraux (DF) – pour approfondir les connaissances et compétences dans des domaines ciblés. 

Les modules proposés peuvent varier en durée (8 h à 164 h selon les thèmes) et couvrent tous types de pratiques (jeunes, seniors, futsal, beach soccer, foot adapté, etc.).


Est-il possible d’atteindre le niveau professionnel en commençant comme entraîneur amateur ? 


Oui, on peut devenir entraîneur professionnel en partant du niveau amateur, via la filière de la Fédération Française de Football. Mais c’est un parcours long (souvent 6 à 10 ans), qui est très exigeant pour l’éducateur. Il peut exister des raccourcis, notamment pour ceux ou pour celles qui ont joué à haut niveau (National) en accédant directement au BEF.

Pour devenir entraîneur rémunéré et viser le haut niveau, il faut progressivement obtenir les diplômes suivants :





  • Brevet de Moniteur de Football (BMF), premier diplôme professionnel, qui permet d’entraîner contre une rémunération au niveau amateur.
  • Brevet d’Entraîneur de Football (BEF) niveau supérieur, qui permet d’entraîner contre une rémunération jusqu’en National 3 et certaines catégories nationales.
  • DESJEPS mention Football est un diplôme d’État supérieur de niveau 6 (équivalent Bac + 3/4). Ce diplôme permet d’entraîner et piloter une équipe N2-N3 (niveau semi-professionnels). Il est conçu pour former des professionnels capables de gérer et diriger des projets sportifs ambitieux dans le football, bien au-delà d’un rôle de simple entraîneur de club amateur.
  • Pour atteindre le haut niveau professionnel et entraîner en Ligue 2 ou Ligue 1, il faut obtenir le Brevet d’Entraîneur Professionnel de Football (BEPF/UEFA Pro).


Comment se déroulent les examens et les évaluations ? 


Comme dans tout diplôme à finalité professionnelle, il faut s’inscrire aux tests de sélection (en ligne via maformation.fff.fr ou Portailclubs). Généralement, une période de candidature est fixée chaque saison avec une date limite. Puis il y a les tests de sélection qui se déroulent en général sur une épreuve écrite sur l’expérience personnelle d’animation et un entretien oral avec un jury. L’obtention des diplômes repose sur la validation des compétences professionnelles : mise en situation professionnelle en club, analyses et soutenance des dossiers de stage, mise en situation pédagogique…


Dans la formation, cherchez-vous d’abord à développer des compétences tactiques ou une posture d’éducateur ?


Dans une formation, l’idéal n’est pas d’opposer compétences tactiques et posture d’éducateur, mais de comprendre leur complémentarité. Dans notre signature pédagogique en formation, on cherche d’abord à construire une posture réflexive (capacité d’analyse, adaptation, éthique), puis à enrichir progressivement les compétences techniques et tactiques. La posture d’éducateur structure la manière dont les compétences tactiques sont transmises.





  • Les compétences tactiques répondent à la question : « Qu’est-ce que j’enseigne ? »
  • La posture d’éducateur répond à : « Comment je l’enseigne et dans quelle intention ? »

On peut avoir d’excellentes connaissances tactiques mais être inefficace si la relation pédagogique n’est pas adaptée. La posture influence directement la qualité des apprentissages.


Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon entraîneur aujourd’hui ? 


Un bon entraîneur aujourd’hui est compétent techniquement, solide pédagogiquement et intelligent humainement. Il ne forme pas seulement des joueurs à la performance, il contribue au développement global des personnes. Selon moi, un bon entraîneur aujourd’hui ne se définit plus seulement par ses connaissances techniques, tactiques, mais par sa capacité à articuler compétence, relation et adaptation.


Un diplôme est-il une garantie d’être un bon entraîneur ?


Non, un diplôme n’est pas une garantie automatique d’être un bon entraîneur, même s’il reste un outil important. Le diplôme est un tremplin, pas un aboutissement. Il sécurise le savoir-faire de base, mais la qualité d’un entraîneur se construit dans l’action, l’observation et l’expérience humaine. Ce qui fait vraiment la différence c’est l’expérience pratique sur le terrain, la réflexion personnelle et la capacité à apprendre de ses réussites et de ses erreurs, la posture d’éducateur et la gestion du groupe, la curiosité pour les nouvelles approches et le développement personnel.


Avez-vous observé une évolution du profil des entraîneurs ces dernières années ?


Oui, il y a une évolution profonde. Le profil des entraîneurs a beaucoup changé ces dernières années, sous l’effet de plusieurs transformations sociales, pédagogiques et technologiques. Voici ce que l’on observe aujourd’hui dans les évolutions :




  • De l’expert technique à l’accompagnateur global. Autrefois, on attendait surtout d’un entraîneur qu’il soit un technicien compétent : il savait comment faire faire, il corrigeait, il imposait. Aujourd’hui, on attend davantage un éducateur qui développe l’autonomie des joueurs, qui crée un environnement d’apprentissage positif, qui comprend les besoins individuels.
  • L’entraîneur moderne est un facilitateur, pas seulement un donneur d’instructions. Avec plus d’intelligence relationnelle, la gestion du groupe et des émotions est devenue une compétence centrale dans l’activité de nos entraîneurs. Ils sont de plus en plus formés à ces dimensions humaines, car on sait qu’elles influencent directement la performance.
  • L’entraîneur doit aussi intégrer de nouvelles sciences. On voit des entraîneurs d’aujourd’hui utiliser des données et analyses vidéo, s’appuyer sur des principes de préparation mentale, des méthodes d’entraînement variées, des outils numériques… etc. Cela élargit leurs champs d’action et leurs manières d’analyser le jeu et l’apprentissage du football.
  • L’entraîneur est confronté de plus en plus à une société plus diverse, des publics variés. Les entraîneurs travaillent avec des pratiquants plus hétérogènes (âges, niveaux, cultures), des attentes différentes (plaisir, progression, performance). Cela nécessite une grande adaptabilité.
  • La formation continue : avant, une fois le diplôme obtenu, beaucoup considéraient le chemin terminé. Aujourd’hui, on voit une vraie culture de formation continue, par des formations complémentaires, par de l’autoformation, par des échanges entre pairs, il est devenu un apprenant permanent. 

Pour résumer, « L'entraîneur est un concepteur d’environnements et d’apprentissage ».


La philosophie de jeu se construit-elle durant la formation ou en parallèle ?


La philosophie de jeu se construit à la fois pendant la formation et en parallèle de l’expérience sur le terrain, la formation donne la structure et les outils, l’expérience sur le terrain permet de personnaliser et concrétiser la philosophie de jeu. Autrement dit, elle se construit progressivement, en interaction entre apprentissage théorique et pratique, et évolue souvent tout au long de la carrière de l’entraîneur.


Observez-vous une diversité des styles de jeu ou une tendance dominante ?


Oui, il existe une diversité notable des styles de jeu, mais certaines tendances dominantes se dessinent selon les évolutions du jeu ou les nouvelles tendances du football de haut niveau et je dirais aussi des nouvelles méthodes pédagogiques à l’entraînement. Chaque entraîneur adapte son style en fonction du niveau et des caractéristiques des joueurs, des valeurs qu’il souhaite transmettre, du contexte culturel ou institutionnel. On observe des approches variées, jeu basé sur la possession ou la contre-attaque, jeu direct ou construit, pressing et transition rapide, avec plus de flexibilité et de polyvalence des joueurs, d’une analyse et d’adaptation basée sur la data et la vidéo. Cette diversité montre que la philosophie de l’entraîneur reste un élément clé de son identité.


Avec le phénomène des réseaux sociaux et du coaching individuel en plein essor, quel regard portez-vous sur cette évolution ?


Le phénomène des réseaux sociaux et du coaching individuel transforme profondément le monde de l’entraînement, avec des aspects positifs et des points de vigilance. Les réseaux sociaux et le coaching individuel représentent une opportunité incroyable de diffusion et d’adaptation des pratiques, mais ne remplacent pas le rôle central de l’entraîneur sur le terrain, qui reste le garant de l’accompagnement humain, pédagogique et éthique.


Les clubs amateurs, notamment les plus petits, bénéficient-ils suffisamment d’entraîneurs qualifiés ?


La réalité est que les clubs amateurs, et surtout les plus petits, rencontrent souvent des difficultés pour bénéficier d’entraîneurs qualifiés, et cela pour plusieurs raisons. D’abord à cause d’une disponibilité limitée dans l’encadrement du foot à 5, à 8 voire à 11. Les entraîneurs qualifiés sont souvent attirés par le professionnel ou le semi-professionnel, où les conditions (financières, temps, ressources) sont meilleures. Les clubs amateurs dépendent souvent de bénévoles ou de personnes en formation, parfois avec des compétences encore partielles. 


Y a-t-il pas un manque d’équité entre les petits clubs et les plus gros en termes d’entraîneurs qualifiés ? 


Les petits clubs amateurs ont encore un accès limité à des entraîneurs pleinement qualifiés, et cela impacte parfois la qualité de l’encadrement. Les solutions existent, mais elles nécessitent un soutien institutionnel et une créativité locale pour se généraliser.


Quels sont les taux de réussite aux examens ? 


On observe pour le BMF/BEF des taux de réussite plutôt élevés dans les formations organisées par les ligues, souvent supérieurs à 80 % voire très proches de 100 % dans certaines promotions. Toutefois, ces chiffres ne sont pas homogènes partout et dépendent de l’organisme de formation et de la promotion.

Pour le DEJEPS, les taux de réussite à l’examen final restent généralement élevés, souvent dans la fourchette 80 % à près de 100 %.