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Jordan Plante : "Mon ADN, c'est de ne jamais abandonner"

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Amin Abdullahi ·
Jordan Plante :
© Jordan Plante

Combien d’entraîneurs auraient choisi de partir quand tout va bien ? Personne, si ce n’est Jordan Plante. À 33 ans, le technicien a décidé de quitter ses fonctions à Canal Nord sur une note positive, fidèle à ses principes. Du futsal au football à onze, de Saint-Alban à ses récentes expériences, Jordan Plante s’est forgé l'identité d'un coach porté par des valeurs auxquelles il ne déroge jamais. Dans cet entretien, il revient sur un parcours marqué par de belles réussites et des défis de taille au cœur du football amateur.

Pour commencer assez simplement, est-ce que vous pouvez vous présenter et nous parler un peu de votre parcours ?


Je m'appelle Jordan Plante, j'ai 33 ans et je suis éducateur spécialisé dans la protection de l'enfance. Concernant mon parcours de joueur, j'ai fait toutes mes gammes à Saint-Alban-Aucamville, de U6 jusqu'en U18. Ensuite, je me suis dirigé vers le futsal, où j'ai longtemps joué à Bruguières avec les frères Martinez, puis à Lalande-Futsal, avant de finir ma carrière à Ibis Futsal Martrais. En parallèle, j'ai aussi joué à l’AS Montmaurin, dans le village de l'enfance de mon père.


Comment êtes-vous venu au coaching ?


C'est grâce au club de Montmaurin que j'ai mis un pied dans le coaching. J'y ai occupé un rôle de responsable technique où nous avons créé une école de foot de U6 jusqu'à U15 dans un village de seulement 120 habitants. Pour moi, c'est ma plus grosse réussite. C'était une mission quasi impossible que nous avons réussie. Par la suite, je suis devenu entraîneur de l'équipe première en Senior Départemental 4 avec mon grand frère, et nous avons réussi à faire monter l'équipe en D3. J'ai ensuite repris le rôle de responsable technique pour continuer à développer le club et c’est à ce moment-là que j'ai fait venir Bibi Andres.


Pourquoi avoir quitté ce club par la suite ?


Pendant que je m'occupais des jeunes et que je passais mon BMF, le club a fusionné avec Larroque pour devenir les Coteaux Commingeois. Pour être honnête, je serais resté si la mairie de Montmaurin n'avait pas abandonné le club. Il n'y avait plus d'employés communaux pour le terrain, plus de subventions... le club est donc parti. De mon côté, habitant à Toulouse, je ne me voyais plus faire la route pour coacher dans un autre village.


Vous avez ensuite rejoint le club de Rangueil. Quel bilan en tirez-vous ?


J'ai eu l'opportunité d'y être responsable technique salarié pendant un an. C'est un club que j'ai quitté en très bons termes. La mission a été réussie concernant les jeunes, que nous avons maintenus en Ligue. Malheureusement, sur le plan sportif, l'équipe première est descendue. Avec le recul et beaucoup d'auto-évaluation, je pense qu'avoir la double casquette d'entraîneur de l'équipe première et de responsable technique n'était pas l'idéal.


C’est après ce passage que vous arrivez à Canal Nord ?


Oui, j'avais besoin de rebondir. J'avais des opportunités en Régionale 3, mais je voulais retrouver la notion de plaisir et l'esprit "foot de village". La mission était de taille car tout l'effectif était parti. Avec mon adjoint et acolyte, Merouane Ghouadni, qui me suit dans mes aventures, nous avons ramené 23 joueurs et avons réalisé une super première saison. Nous avions réussi à obtenir la montée sur le plan comptable, mais nous avons été maintenus dans notre division. C'est quelque chose que j'ai très mal pris. Sportivement, nous avions gagné le droit de monter, mais le club avait un sursis dont je n'étais pas au courant. À cause d'une légère échauffourée contre Fontenilles, nous avons perdu quatre points. Ces points perdus nous ont rétrogradés à la quatrième place, et c'est Lardenne qui est monté à notre place. J'en ai gardé un goût amer car, d'une certaine manière, je ne montais pas par faute de communication au sein du club. Si j'en avais été informé, j'aurais été plus vigilant.


Vous avez tout de même choisi de repartir cette année, mais l’aventure s’est arrêtée il y a trois semaines. Pourquoi ?


Je suis reparti avec de la frustration, car le niveau D3 n'est pas le plus intéressant et j'étais un peu refroidi par l'épisode du sursis. J'ai arrêté fin janvier, après le match contre Seysses. Nous étions troisièmes, au coude à coude pour la montée, mais l'investissement des joueurs n'était pas à la hauteur du mien. Je suis quelqu'un de franc et entier : les résultats m'importent peu si je ne peux pas mettre de séances en place. Si personne ne vient à l'entraînement, c'est impossible de créer quelque chose.


C’est assez rare de quitter un club quand les résultats sont positifs, non ?


C'est vrai et mes amis coachs ne l'ont pas forcément compris. Mais je n'ai pas abandonné parce que c'était difficile. J'ai quitté le navire en plein succès pour provoquer un "coup d'éclat" chez les joueurs, pour leur faire prendre conscience qu'ils avaient un coach cohérent et de bonnes installations, mais qu'ils ne s'en donnaient pas les moyens. Mon ADN, c'est de ne jamais abandonner. Même à Rangueil, nous étions avant-derniers et je me suis battu jusqu'au bout. Mais là, j'avais besoin de ce geste.


C’est souvent un problème récurrent dans le football amateur, les joueurs qui ne peuvent pas ou qui ne s’investissent pas assez, peu de monde à l’entraînement. Quel est votre regard sur ce problème ?


C'est difficile quand l'effectif n'est pas à la hauteur de l'investissement du coach. Le talent seul ne suffit pas. Le président de Canal Nord était prêt à ce que je reste avec une seule séance par semaine, mais en tant qu'éducateur, je ne m'y retrouve pas. On ne peut pas prétendre à la montée face à des clubs structurés comme Seysses ou Cugnaux 2 en s'entraînant si peu. Selon moi, c'est à partir de la R3 que l'on commence à avoir du monde régulièrement à l'entraînement.


Comment décririez-vous votre relation avec les dirigeants et le club ?


Je pars en bons termes. Je tiens d'ailleurs à rendre un hommage spécial à Jacques Brugier, un monsieur dévoué qui investit énormément dans ce club. Les clubs tournent grâce à des gens comme lui. Je m'entendais aussi très bien avec le président et les autres éducateurs comme John Hellard ou Benjamin Hervey, qui sont devenus des amis. Le départ de Patrick Mouret de son poste de directeur sportif a aussi pesé. C’est un club de 500 licenciés, très structuré, mais cette année il manquait un "maître à bord" et chacun faisait un peu ce qu'il voulait dans sa catégorie.


Quelle était votre vision du jeu sur le terrain ?


Quand je suis arrivé, il a d'abord fallu reconstruire une équipe et une bande de copains, ce que nous avons fait avec un week-end de cohésion à Luchon. Sur le plan tactique, je m'adapte à mon groupe. L'an dernier, j'avais un effectif assez âgé avec des joueurs de grande qualité technique comme les frères Vélez, Karim Achouti ou Badreddine Rachid. Comme nous n'avions pas un profil pour les transitions rapides, nous avons privilégié la maîtrise technique, un bloc médian et une grosse solidité défensive. On marquait peu, mais on a fini meilleure défense. On a aussi beaucoup travaillé les coups de pied arrêtés, ce qui nous a rapporté beaucoup de points, notamment grâce à Karim Achouti qui a mis environ 8 buts de la tête au premier poteau.


Quel est votre prochain objectif ? Cherchez-vous déjà un nouveau club ?


Pour l'instant, je prends du temps pour moi et ma fille de 5 ans jusqu'à la fin du mois de mai. À titre personnel, j'ai repris une licence de joueur au Rodéo pour aider mon ami Bébé Aziz. J'ai 33 ans, je suis un jeune coach et l'envie d’entraîner reviendra, mais je prendrai le temps d'écouter les propositions. Je ne cherche pas forcément un niveau particulier, mais plutôt un projet à taille humaine, proche de chez moi, avec des valeurs fortes. Mon identité est un mélange de mes racines de quartier et de milieu rural, et je préfère les structures conviviales aux trop grosses organisations où je ne suis pas forcément à l'aise.